Des images de nulle part et d'ailleurs, de Taipei en Bretagne ou de Plougastel à Taiwan...
Cinquième jour
Sous la chaleur qu’on ne sent pas trop dans la voiture climatisée direction le sud. La route longe des plantations d’arbres à bétel, de cocotiers, de bananiers, des champs d’ananas, des rizières.

De temps en temps un petit temple aux tuiles rouges et orange vernissées. On double des camionnettes pleines de noix de coco, des autocars aux couleurs flamboyantes. Sur le bord de la route, entre des buissons d’hibiscus, des vendeuses emmitouflées contre le soleil, proposent des châtaignes d’eau, des bananes, des nembus, des gros oignons. Dans le lointain, la grande statue blanche du Dieu de la Miséricorde.
Tchin kei se perd dans Tai Tung. Grâce à son portable, il retrouve un de ses potes et repas dans un restaurant des plus joyeux : on y chante et on y danse. Des enfants harnachés sur une balançoire, tirée par une corde, s’envolent jusqu’au ciel.
Et maintenant je sais comment on découpe avec les mains un poulet en tout petits morceaux : il faut juste des gants blancs anti-dérapant !
Sixième jour
On traverse l’île d’ouest en est au pied de la montagne, vers la ville de Hualien ( Fleur de Lotus). G a envie d’y construire son château, alors on regarde…Sur le bord de la route les touffes mal coiffées des cocotiers font de l’ombre aux orchidées sauvages et aux bougainvilliers. Oh ! un buffle… ! On passe le 23°5 Tropique du Cancer.
A la grotte des Huit Immortels, Tiem remplit sa gourde d’eau miraculeuse, G éclaircit le mystère de la rivière qui coule en montant (j’ai bien fait finalement de te faire faire le Bac D…)
Et puis soudain, à gauche, la montagne, abrupte, sombre, verte de tous les verts, jusqu’au ciel, très haut … A droite, la mer immense, bleue de tous les bleus, jusqu’à l’horizon, très loin…

Pas de village, pas de maison : pas de place, juste pour la route de cinq mètres de large.
Sur 400 kilomètres, du vert, du bleu et …un petit éclat de rouge : le sourire de la patronne d’une petite gargote dont les lèvres et les gencives sont barbouillées de jus rouge des noix de bétel.
A sa table je mâchonne un truc un peu caoutchouteux. « C’est quoi ça ? » « De l’estomac de requin… » Alors là, j’ai pas pu… heureusement j’avais pas fini de mâcher…
Septième jour
Petit détour par le phare rouge de Hualien cher au cœur de Tad Koz… on ramasse des galets pour le jardin.

Puis sur la route, des petites bicoques écrasées contre la montagne entourées d’un bric à brac invraisemblable, toutes abritées à l’ombre d’un gros arbre s’affaissant sous le poids de fleurs rouges. Une petite échoppe : razzia sur les petites robes pour Maëwenn. « Oh les jolies petites boites ! » « Ce sont des cercueils, ça porte bonheur…» Bon….on laisse.
Au Parc National des Sept Etoiles de Taroko, photos à la Cascade du Sanctuaire du Printemps Eternel.

Et les gorges vertigineuses, érodées, sculptées par la violence de l’eau, par les gros cailloux qu’elle charrie, par le vent, par les typhons.

La route étroite, creusée à flanc de rocher, à pic au dessus du gouffre, par les soldats du Guo Ming Tang dans les années cinquante, au prix de quelques centaines de morts et de milliers de blessés.
Et le soir, dans le parc de l’hôtel, soudain, assourdissants, les dix mille vacarmes des dix mille insectes de la Montagne des Sept Etoiles. Puis, plus tard, dans le jardin miniature, le floc floc irrégulier des carpes rouges et dorées gobant les moucherons qui passent.
Tu vas vivre dans un bien joli pays Maëwenn !
Huitième jour
Nous prenons la route numéro 14, (une des six routes qui traversent la montagne de part en part sur une largeur de 150 kilomètres… à vol d’oiseau). Pour nous ce sera huit heures de voyage sur une route étroite, sinueuse, longeant le précipice. Il faut se pencher dans la voiture pour voir le haut de la montagne, il vaut mieux ne pas trop se pencher pour voir le fond du gouffre…On se croirait sur l’ULM de Nicolas Hulot…Pas une maison, pas un temple. L’eau partout qui suinte ou coule du rocher. Tchin kei prend les virages à la corde. Oh ! un singe ! A 3275 mètres, on roule dans les nuages. On ne peut pas s’arrêter devant l’Arbre Sacré de Pilu plein d’esprits : il faut négocier prudemment sur la route de quatre mètres de large, un croisement avec un camion rempli de cageots de choux.
Enfin, une vendeuse de pêches…sur le versant ensoleillé, des cultures en terrasse, des vergers en espalier. On est en bas !
Au bord du Lac aux Mille Verts de Jade, on achète des bouquets de fleurs de lys : Ce soir on dîne à Taichung, chez Xiao Ling, Bing Hong, Mei Ling et Awan…
Dans le salon, Tiem me fait un massage du visage, du cou et des épaules avec un baume à l’eucalyptus. Je n’ai plus mal nulle part !
Neuvième jour
Nous sommes dix dans la voiture de Tchin kei. Elle résonne de rires et de plaisanteries : forcément… on va faire du shopping !

Il n’y en aura aujourd’hui que pour les filles… Le sac à langer, le tapis d’éveil, la poupée Barbie en kimono avec sa trousse de maquillage...
Puis dans un restaurant reconstituant l’atmosphère des années cinquante, de succulentes crevettes à l’ananas, des pousses d’asperges et de bambou, du riz violet, des légumes inconnus parfumés au gingembre.
Visite au Sanctuaire dédié à Confucius. Photos dans le Hall de la Grande Perfection et dans la Salle de la Vertu qui met en Rivalité le Ciel et la Terre.
Sous le Porche de la Vertu Clairvoyante, G ramasse des graines de banyan.
Vers 15 heures, c’est la route du retour vers Kaohsiung. Encore trois heures et demi de route : heureusement, Maëwenn a sa tsui tsui. En rentrant je lui change la couche. Oui Madame !...
