Samedi 30 mai 2009
Sous la coque de notre petit bateau je regarde les recifs de coraux defiler au gre de notre derive. Je pense a ma femme, a ma fille, a mon fils qui sont retournes a Taiwan pour un mois. C'est la tradition. Le Zuo Ye Zi. Nous pechons des merous, la maree est basse, ce n'est pas le meilleur moment. Shang Wen en remonte un gros, il est visiblement ravi, au bout de ma ligne, un diodon. Aie, je suis pas concentre, c'est le troisieme. Pourtant je l'ai vu venir. Pinces, decrochage, puff puff, plouf. Je pense a mon fils, il est ne un soir de lune rousse, nous l'avons nomme Yaouen. Yaouen en breton, Ya Wen en chinois, les mots flamboyants. Je ne l'ai vu que quelques jours. Il va surement avoir beaucoup change dans un mois. Pousse par le courant notre bateau s'eloigne regulierement des recifs. Il faut y retourner.
J'observe ma ligne. Suis-je au fond? Oui. Je pense a ma fille Maewenn. Ravie mais inquiete, tendre mais sur ses gardes, pour elle un monde s'ecroule. Un monde qu'elle commencait a peine a maitriser. Je lui manque. Ah, je sens quelques chose, quelques secondes d'incertitudes et puis dans l'eau je reconnais les couleurs, la silhouette du merou. La chance tourne.
Et je pense a Jun Ling, tres fatiguee, un peu debordee mais tres forte, tres courageuse, toujours un sourire dans la voix, toujour la bonne decision, la bonne reaction, elle voit tout et reflechit toujours a la meilleure chose a faire.
Shang Wen m'interpelle, on va rentrer au port. Ce n'est pas si mal pour une maree basse. 20 merous et deux poissons elephant. Un chacun, un chacun. Le soleil brille sur Guan Yin Ting, demain sera encore une belle journee.


